Pourquoi Elon Musk ne paye pas d’impôts (méthode « Buy, Borrow, Die »)

Pourquoi Elon Musk ne paye pas d’impôts (méthode « Buy, Borrow, Die »)

Le milliardaire Elon Musk évite une forte imposition grâce à un mécanisme fiscal légal appelé « Buy, Borrow, Die », qui repose sur le financement par crédit Lombard.

En résumé : Alors qu'un salarié moyen voit plus d'un tiers de ses revenus prélevés en impôts et cotisations, des milliardaires comme Elon Musk affichent des taux d'imposition proches de 0 %. 
Pour financer leur train de vie sans vendre leurs actions ni payer d'impôt sur le revenu, ils utilisent une stratégie en trois étapes appelée le "Buy, Borrow, Die" (Acheter, Emprunter, Mourir), basée sur l'utilisation du crédit lombard et la réévaluation fiscale lors des successions (Step-Up in Basis).

Sommaire

Elon Musk, un taux d’imposition à 3,27%

Chaque mois, avant même que votre salaire n’arrive sur votre compte bancaire, environ un quart de votre rémunération disparaît en cotisations sociales. À cela s’ajoute l’impôt sur le revenu, dont la tranche marginale peut grimper jusqu’à 45 %.

C’est la règle fondamentale du contrat social : vous travaillez, vous percevez un salaire, et vous payez des impôts sur ce flux financier.

Pourtant, si l’on regarde la fiche de paie d’Elon Musk chez Tesla ou X (ex-Twitter), les chiffres racontent une tout autre histoire. Il ne paye ni 45 %, ni même 10 % d’impôt sur le revenu. La raison est simple : il ne touche officiellement aucun salaire de ces entreprises.

Pourtant, cet entrepreneur finance des programmes spatiaux, a racheté Twitter pour 44 milliards de dollars et mène un train de vie de multimilliardaire. Selon un rapport d’investigation publié par ProPublica basé sur des fuites de l’IRS (le fisc américain), les impôts fédéraux payés par Elon Musk entre 2014 et 2017 ne représentaient que 3,27 % de l’augmentation estimée de sa fortune.

Plus frappant encore : en 2018, il n’a payé aucun impôt sur le revenu, alors que son patrimoine augmentait de 6 milliards de dollars sur la même période.

Comment peut-on être l’homme le plus riche de la planète tout en déclarant au fisc des revenus inférieurs à ceux d’un travailleur au SMIC ? La réponse réside dans un mécanisme d’optimisation fiscale légal réservé aux ultra-riches : la stratégie du Buy, Borrow, Die (Acheter, Emprunter, Mourir).

Pourquoi Elon Musk ne se verse pas de salaire (« BUY »)

Pour comprendre la mécanique fiscale des dirigeants de la Silicon Valley, il faut analyser leur mode de rémunération. Chez Tesla ou X, la case « salaire mensuel » d’Elon Musk affiche officiellement 0 dollar. Il ne perçoit pas de salaire fixe, pas de bonus annuel en cash, et l’entreprise ne verse pas non plus de dividendes à ses actionnaires pour privilégier le réinvestissement.

Sa seule rémunération déclarée provient de SpaceX, où il touche un salaire annuel de 54 080 dollars (soit environ 4 500 dollars par mois), ce qui équivaut à la paie d’un cadre intermédiaire.

Pourtant, son patrimoine a augmenté de plusieurs dizaines de milliards de dollars en quelques années. D’où provient cette fortune ? De ses actions.

C’est la première étape du système (BUY) : accumuler du capital sous forme de parts d’entreprises plutôt que des flux de trésorerie.

  • Un salaire est un flux monétaire immédiat : dès qu’il est versé, l’État le détecte et le taxe à la source.
  • Une action représente une richesse latente (unrealized gain). Pour l’administration fiscale, une action Tesla dont la valeur est multipliée par 100 n’est qu’une plus-value théorique. Or, le droit fiscal ne taxe pas la valeur théorique des actifs, mais uniquement les plus-values réalisées lors d’une vente.

En conservant l’intégralité de sa fortune sous forme d’actions, Elon Musk voit son patrimoine gonfler sans déclencher d’imposition sur le revenu. Toutefois, les actions ne permettent pas directement de financer son quotidien ou d’acheter des entreprises.

Pour obtenir des liquidités sans vendre ses titres (ce qui déclencherait l’impôt sur les plus-values), il applique la deuxième étape.

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Le crédit lombard, ou comment obtenir des millions sans payer d’impôts (« Borrow »)

Pour transformer des milliards virtuels en argent liquide sans payer d’impôt, les ultra-riches utilisent un instrument financier spécifique : le crédit lombard.

Le principe de la phase BORROW repose sur un emprunt bancaire adossé à des actifs financiers :

  1. Elon Musk dépose des millions d’actions Tesla en garantie (nantissement) auprès de grandes banques privées comme Morgan Stanley ou Goldman Sachs.
  2. La banque lui accorde une ligne de crédit de plusieurs centaines de millions de dollars à des taux d’intérêt très bas (souvent entre 1 et 3 %), le risque de défaut étant jugé quasi nul.
  3. L’avantage fiscal : En droit fiscal, un emprunt n’est pas considéré comme un revenu, mais comme une dette. L’argent issu d’un prêt n’est donc pas imposable.

Comment rembourser un prêt sans salaire ?

Pour couvrir les intérêts et rembourser ses crédits d’une année sur l’autre, Elon Musk contracte simplement de nouveaux emprunts. Tant que le taux de croissance de ses actions en bourse (ex: +12 % par an) est supérieur au taux d’intérêt de sa dette (ex: 3 %), sa fortune nette augmente plus vite que son endettement. C’est le principe du mouvement perpétuel fiscal.

La faille du système : l’appel de marge (Margin Call)

Cette mécanique comporte néanmoins un risque financier majeur. Si les cours de la bourse s’effondrent et que la valeur des actions données en garantie chute drastiquement, la banque déclenche un appel de marge. Elle exige alors de l’emprunteur qu’il réinjecte du cash ou qu’il fournisse de nouvelles garanties.

C’est ce qui s’est produit lors du rachat de Twitter pour 44 milliards de dollars : face à la volatilité de l’action Tesla, Elon Musk a dû renoncer à une partie de ses prêts et vendre réellement plusieurs milliards d’intérêts dans Tesla, déclenchant exceptionnellement le paiement de plusieurs millions d’impôts sur les plus-values.

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Le Step-Up in Basis, ou l’effacement de l’impôt à la succession (« Die »)

L’utilisation d’emprunts soulevait une question fondamentale : comment solder la dette accumulée tout au long d’une vie sans vendre ses actions ? C’est ici qu’intervient la troisième étape (DIE).

Aux États-Unis, la réglementation fiscale prévoit un mécanisme d’ajustement appelé le Step-Up in Basis (la réévaluation de la valeur de base au décès).

Fonctionnement du Step-Up in Basis :

  • Imaginons qu’Elon Musk ait acquis une action Tesla pour 10 dollars. Au jour de son décès, cette même action vaut 200 dollars.
  • De son vivant, une vente générerait une plus-value imposable de 190 dollars.
  • Au moment de la succession, la loi américaine réinitialise le prix d’acquisition pour les héritiers à la valeur du marché au jour du décès, soit 200 dollars.

Résultat : la plus-value accumulée pendant des décennies s’évapore sur le plan comptable. Les héritiers n’ont plus qu’à vendre une petite fraction des actions héritées au prix ajusté (200 dollars) pour rembourser les prêts bancaires laissés par le défunt. La plus-value étant nulle (200$- 200$), aucun impôt sur les plus-values n’est dû.

Les banques récupèrent leur capital, les héritiers conservent un empire préservé de l’impôt, et l’État ne perçoit aucune taxe sur l’enrichissement réalisé durant toute une vie.

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« Buy, Borrow, Die » : injustice fiscale ou système économique dépassé ?

Faut-il pour autant condamner le système ? D’un point de vue économique, la détention d’actions récompense la prise de risque et l’injection de capital dans l’innovation. Sans ce réinvestissement massif de sa fortune, des entreprises comme Tesla ou SpaceX n’auraient probablement pas vu le jour.

Le problème réside dans l’obsolescence de nos cadres fiscaux. Élaborées au XIXe et XXe siècle pour taxer ce qui était tangible (salaires, usines, flux physiques), nos lois peinent à appréhender l’économie numérique où la richesse est immatérielle et où la dette remplace le revenu.

Cette situation crée un décalage majeur : un salarié moyen en France ou en Europe contribue à hauteur de 30% à 45% de sa création de valeur, tandis que les plus grandes fortunes mondiales peuvent faire croître leur patrimoine à un taux d’imposition effectif proche de zéro.

Un mécanisme qui peut sembler injuste, et qui relance le débat sur la nécessaire réduction des charges sur les salaires.

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Foire Aux Questions

Pourquoi Elon Musk ne paye pas d’impôt sur le revenu ?

Elon Musk ne perçoit virtuellement aucun salaire de ses principales entreprises (Tesla et X). Sa fortune réside dans ses actions. Tant qu’il ne vend pas ses actions, il ne réalise pas de plus-value imposable aux yeux du fisc.

Qu’est-ce que la stratégie Buy, Borrow, Die ?

Il s’agit d’une méthode d’optimisation fiscale utilisée par les ultra-riches consistant à :

  1. Buy (Acheter) : Accumuler des actifs qui prennent de la valeur (actions).
  2. Borrow (Emprunter) : Utiliser ces actifs comme garanties pour obtenir des prêts bancaires non imposables afin de financer leur train de vie.
  3. Die (Mourir) : Transmettre les actifs aux héritiers avec une réévaluation fiscale de la valeur d’origine (Step-Up in Basis), annulant l’impôt sur les plus-values.

Qu’est-ce qu’un crédit lombard ?

Le crédit lombard est un prêt bancaire accordé à un particulier ou une entreprise en échange de la mise en gage d’actifs financiers (actions, obligations). Comme le prêt est garanti par ces titres, la banque applique des taux d’intérêt très bas.

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