Nouamane Cherkaoui « notre souveraineté numérique est menacée »

Nouamane Cherkaoui « notre souveraineté numérique est menacée »
En bref : ce qu’il faut retenir de "Sous l’emprise du code"

Dans son livre Sous l’emprise du code, Nouamane Cherkaoui analyse la dépendance croissante de l’Europe envers les grandes puissances et entreprises technologiques étrangères. Cloud, semi-conducteurs, IA, données ou infrastructures numériques : ces technologies sont devenues indispensables au fonctionnement des États, des entreprises et de nos sociétés.

Sa thèse centrale : la souveraineté numérique ne signifie pas tout produire soi-même. Elle consiste à conserver la capacité de choisir ses dépendances et à pouvoir en sortir.

À retenir :

🔘 L’Europe est fortement dépendante des technologies américaines et asiatiques, mais cette dépendance peut être réduite.
🔘 Internet se fragmente progressivement en plusieurs blocs : Nouamane Cherkaoui parle d’une véritable « guerre des dépendances ».
🔘 Avec l’IA générative, le pouvoir des plateformes devient également cognitif, puisqu’elles ne se contentent plus de distribuer l’information : elles participent à son interprétation.
🔘 L’Europe a perdu la première manche de l’IA, notamment sur les grands modèles et la puissance de calcul, mais elle conserve des atouts sur les usages industriels.
🔘 Pour reprendre le contrôle, Nouamane Cherkaoui propose trois priorités : choisir, acheter et investir.

Le message de Sous l’emprise du code reste néanmoins optimiste : il n’est pas trop tard pour reconstruire une souveraineté numérique européenne.

Cloud, intelligence artificielle, semi-conducteurs, systèmes d’exploitation, réseaux sociaux… En quelques décennies, le numérique est devenu indispensable au fonctionnement de nos entreprises, de nos administrations et de nos vies quotidiennes.

Mais que se passerait-il si l’Europe perdait brutalement l’accès à une partie de ces technologies ? Et peut-on encore parler de souveraineté lorsque les infrastructures dont dépend un pays sont contrôlées par quelques entreprises étrangères ?

C’est précisément la question posée par Nouamane Cherkaoui dans son livre Sous l’emprise du code – Comment le numérique menace la souveraineté des États, publié aux Éditions de l’Éclaireur.

Je l’ai reçu dans mo podcast L’Empreinte Digitale pour parler de souveraineté numérique, de la puissance des géants technologiques, de semi-conducteurs, d’intelligence artificielle et surtout de la place que l’Europe peut encore occuper dans cette nouvelle bataille mondiale.

Son constat est préoccupant. Mais sa conclusion est beaucoup plus optimiste : l’Europe n’a pas nécessairement besoin de tout produire elle-même. Elle doit surtout retrouver la capacité de choisir ses dépendances.

Sommaire

Pourquoi Nouamane Cherkaoui a écrit Sous l’emprise du code ?

Nouamane Cherkaoui travaille dans le numérique depuis environ 25 ans. Au cours de sa carrière, il a exercé différentes responsabilités autour des systèmes d’information, de la transformation digitale, de la data et de l’intelligence artificielle.

Son premier ouvrage, Le nouvel horizon de la transformation digitale, s’intéressait principalement à la manière dont le numérique transforme les entreprises, leurs métiers, leurs organisations et leurs relations avec leurs clients.

Avec Sous l’emprise du code, il change d’échelle.

La question n’est plus simplement : comment utiliser le numérique pour transformer une entreprise ?

Elle devient : que se passe-t-il lorsqu’une société entière devient dépendante de technologies qu’elle ne maîtrise plus ?

Car nous avons progressivement organisé nos entreprises, nos administrations et une grande partie de nos vies autour du cloud, des smartphones, des systèmes d’exploitation, des plateformes numériques et désormais de l’intelligence artificielle.

Or, beaucoup de ces technologies sont concentrées entre les mains d’un nombre limité d’acteurs, principalement américains et chinois.

Pour Nouamane Cherkaoui, cette évolution change profondément la nature du problème : une dépendance technologique peut progressivement devenir économique, stratégique, puis politique.

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Que signifie vraiment être « sous l’emprise du code » ?

Le titre du livre est volontairement provocateur.

Mais Nouamane Cherkaoui ne défend absolument pas une vision technophobe du monde. Lui-même travaille depuis des décennies dans ce secteur et reconnaît les progrès considérables apportés par le numérique à l’économie, à la science ou à notre quotidien.

L’« emprise » commence ailleurs. Elle apparaît lorsqu’une technologie devient tellement indispensable que nous ne pouvons pratiquement plus nous en passer, alors même que nous ne maîtrisons plus les conditions dans lesquelles nous pouvons l’utiliser.

Prenons une matinée banale.

Vous consultez votre smartphone dont le système d’exploitation est américain. Vous utilisez un moteur de recherche américain. Vos données peuvent transiter par un cloud américain. Vous consultez éventuellement une plateforme chinoise. Votre entreprise travaille peut-être avec Microsoft 365, AWS ou Azure.

Pris séparément, chacun de ces choix est parfaitement rationnel. C’est leur accumulation qui pose problème.

Nouamane Cherkaoui résume cette mécanique par une idée particulièrement intéressante :

L’emprise ne vient pas forcément d’un mauvais choix. Elle peut naître de l’accumulation de milliers de bons choix individuels qui finissent par créer une dépendance collective.

Un DSI choisit la solution la plus performante. Un directeur des achats sélectionne la plus compétitive. Un salarié adopte l’outil le plus pratique. Un particulier utilise le service le plus simple.

Mais lorsque toutes ces décisions s’additionnent, elles peuvent créer une dépendance systémique que personne n’a véritablement décidée.

Pourquoi des frontières sont en train de se reformer autour d’internet

Dans les années 1990, Internet était porteur d’une immense promesse : un réseau mondial, ouvert et décentralisé devait permettre à l’information de circuler librement au-delà des frontières.

Certains imaginaient même que le numérique finirait par rendre les frontières physiques de moins en moins importantes.

Trente ans plus tard, le mouvement semble presque inverse. Internet se fragmente progressivement en plusieurs espaces numériques, avec leurs propres plateformes, infrastructures, règles et parfois technologies.

C’est ce que l’on appelle le Splinternet, contraction de « split » et « Internet ».

La Chine a développé son propre écosystème numérique avec ses plateformes et un contrôle important des flux d’information. La Russie poursuit une logique différente autour du contrôle et de l’isolement possible des services numériques.

Les États-Unis s’appuient davantage sur la puissance mondiale de leurs entreprises technologiques. L’Europe a choisi une quatrième voie, fondée notamment sur la réglementation et la protection des données.

Pour Nouamane Cherkaoui, cette fragmentation est à la fois politique et réglementaire, technologique et industrielle, mais également informationnelle.

Nous assistons donc bien à une sorte de nouvelle guerre froide numérique. À une nuance près. Les différents blocs restent extrêmement interdépendants.

Nouamane Cherkaoui préfère ainsi parler d’une « guerre des dépendances » : chaque grande puissance cherche à contrôler un maillon technologique dont les autres peuvent difficilement se passer.

Un cloud. Une technologie de semi-conducteurs. Une infrastructure. Un modèle d’intelligence artificielle.

Internet devait faire disparaître les frontières. La géopolitique est finalement revenue à l’intérieur même du réseau.

Google, Amazon, Microsoft, Meta ou OpenAI sont-ils devenus trop puissants ?

La question n’est pas de remettre en cause les innovations créées par les grandes entreprises technologiques. Le problème vient davantage de la concentration du pouvoir. Car celui-ci a progressivement changé de nature.

Les grandes plateformes ont d’abord acquis un pouvoir économique considérable. Ce pouvoir est ensuite devenu technologique : certaines entreprises contrôlent désormais des infrastructures et des services dont dépendent des pans entiers de nos économies.

Puis leur pouvoir est devenu informationnel.

Lorsqu’une plateforme utilisée par des centaines de millions ou des milliards de personnes modifie un algorithme, elle peut modifier ce qui devient visible, ce qui circule massivement… ou ce qui disparaît de notre champ de vision.

Cela ne signifie évidemment pas qu’une entreprise décide directement de ce que nous devons penser. Mais elle influence l’environnement informationnel dans lequel nous construisons nos opinions.

Et avec l’intelligence artificielle générative, une nouvelle étape est franchie.

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Avec l’IA, nous passons du pouvoir informationnel au pouvoir cognitif

Google et les réseaux sociaux ont profondément transformé notre accès à l’information. Mais les assistants d’intelligence artificielle vont encore plus loin.

Nous ne leur demandons plus seulement de trouver une information. Nous leur demandons :

« Explique-moi ce sujet. »
« Résume-moi ce débat. »
« Compare ces deux solutions. »

Et de plus en plus souvent :

« Conseille-moi pour prendre une décision. »

C’est une différence fondamentale.

Nous passons progressivement d’un système qui organise et distribue l’information à un système capable de participer à sa médiation et à son interprétation.

Pour Nouamane Cherkaoui, l’IA fait ainsi émerger une nouvelle forme de pouvoir cognitif.

Cette évolution pose une question démocratique majeure. Nos démocraties ont mis des siècles à organiser des contre-pouvoirs face au pouvoir politique : séparation des pouvoirs, élections, justice indépendante, liberté de la presse, règles de transparence…

Mais quels sont les contre-pouvoirs face au pouvoir algorithmique ?

La question pourrait devenir l’un des grands enjeux démocratiques des dix ou quinze prochaines années.

Que se passerait-il si l’Europe était privée des technologies américaines ?

Imaginons maintenant un scénario extrême.

Pendant plusieurs semaines, l’Europe perd l’accès à une partie des technologies américaines : services cloud, logiciels, mises à jour, support ou certaines infrastructures.

Est-ce que tout s’arrête instantanément ? Non.

Mais après quelques jours ou quelques semaines, nous découvririons probablement à quel point ces technologies sont imbriquées dans le fonctionnement quotidien de nos entreprises et de nos administrations.

Microsoft 365, Windows, AWS, Azure, logiciels professionnels, systèmes d’exploitation mobiles, outils cloud…

La dépendance ne concerne d’ailleurs pas uniquement les grands groupes. Des entreprises de toutes tailles utilisent ces technologies. Le véritable sujet devient donc celui de la résilience numérique.

En cybersécurité ou dans le secteur bancaire, les entreprises réalisent régulièrement des stress tests destinés à déterminer leur capacité à résister à un événement extrême. Pourquoi ne pas appliquer la même logique aux États ?

La question stratégique n’est pas uniquement de savoir quelle est la probabilité qu’un fournisseur coupe un jour ses services.

Il faut également mesurer l’impact qu’aurait une telle situation et notre capacité à continuer de fonctionner.

Souveraineté numérique ne signifie pas indépendance numérique

C’est probablement l’une des idées les plus importantes de Sous l’emprise du code. Pour Nouamane Cherkaoui, vouloir atteindre une indépendance technologique totale serait irréaliste.

Même les États-Unis et la Chine restent dépendants d’autres pays pour certains composants, certaines ressources ou certaines technologies. La souveraineté ne signifie donc pas tout fabriquer soi-même.

Être souverain, ce n’est pas tout faire soi-même. C’est rester maître de ses choix.

Une dépendance n’est pas forcément problématique. Elle le devient lorsqu’elle est critique, subie et irréversible, et qu’aucune alternative crédible n’existe.

Nouamane Cherkaoui propose ainsi de distinguer trois niveaux : un cœur technologique non négociable que nous devons absolument maîtriser ; des interdépendances choisies, dans lesquelles nous pouvons parfaitement travailler avec des acteurs étrangers tant que des alternatives et une capacité de réversibilité existent ; enfin, des dépendances subies qu’il faut identifier, sécuriser et chercher progressivement à réduire.

L’objectif n’est donc pas de supprimer toutes les dépendances.

Il consiste à choisir de quoi nous acceptons de dépendre, de qui nous voulons dépendre et ce que nous refusons de subir.

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Pourquoi les semi-conducteurs sont-ils devenus aussi stratégiques que le pétrole ?

La bataille autour des semi-conducteurs illustre parfaitement cette nouvelle géopolitique. Quelques millimètres de silicium peuvent désormais avoir une importance économique, industrielle et militaire considérable.

La chaîne de production mondiale des puces est extrêmement spécialisée. L’Europe dispose notamment d’un atout stratégique avec le néerlandais ASML et ses technologies de lithographie avancée. Taïwan occupe parallèlement une position essentielle dans la fabrication des puces les plus avancées, notamment avec TSMC. Et l’intelligence artificielle renforce encore l’importance de cette industrie.

Les modèles les plus puissants ont besoin d’importantes capacités de calcul, qui reposent elles-mêmes sur des puces spécialisées. Il existe cependant une différence majeure entre les semi-conducteurs et le pétrole.

Le pétrole peut être acheté auprès de différents producteurs. Une usine capable de fabriquer les puces les plus avancées ne se recrée pas du jour au lendemain. Elle demande des années de savoir-faire, des investissements considérables et tout un écosystème industriel.

Hier, la puissance d’un pays pouvait notamment se mesurer en barils de pétrole. Demain, elle pourrait aussi se mesurer en capacité de calcul.

Et derrière cette capacité de calcul se trouvent toujours… des puces.

L’Europe a-t-elle déjà perdu la bataille de l’intelligence artificielle ?

Pour Nouamane Cherkaoui, la réponse est non. Mais l’Europe a clairement perdu la première manche.

Sur les grands modèles de langage, les capacités de calcul et les investissements, les États-Unis ont acquis une avance considérable. La Chine a elle aussi développé une véritable puissance technologique.

Cela ne signifie pas pour autant que toute la bataille de l’IA soit terminée. Car celle-ci ne se limite pas à produire le modèle généraliste le plus performant.

Nouamane Cherkaoui distingue trois terrains : les modèles, les infrastructures et les usages. Sur les deux premiers, l’Europe est en retard. Mais sur les usages, tout reste beaucoup plus ouvert.

L’Europe conserve des chercheurs, des ingénieurs, des données industrielles et surtout des positions mondiales importantes dans des secteurs comme l’industrie, l’automobile, l’énergie, l’aéronautique ou la finance. C’est peut-être là que se trouve sa meilleure carte.

Plutôt que de consacrer toutes ses ressources à créer tardivement des copies des géants américains, l’Europe pourrait chercher à devenir indispensable sur certains segments précis de l’intelligence artificielle, notamment l’IA appliquée au monde industriel et à l’économie réelle.

Elle a peut-être raté le départ de la course. Cela ne signifie pas qu’elle doive renoncer à l’arrivée.

L’intelligence artificielle est à la fois un soft power et un hard power

L’IA possède une caractéristique particulière : elle relève simultanément du soft power et du hard power.

Du soft power d’abord. Un modèle d’IA embarque des langues, des références culturelles, une représentation du monde et nécessairement une partie des valeurs de la société dans laquelle il a été développé.

Lorsque des centaines de millions de personnes utilisent quotidiennement les mêmes assistants pour apprendre, écrire, rechercher ou comprendre le monde, une influence se crée.

Mais l’IA, c’est également du hard power. Elle intervient dans le renseignement, la cybersécurité, la défense, l’analyse d’images satellites ou encore certains systèmes militaires.

Pour Nouamane Cherkaoui, celui qui maîtrise les modèles, les données, les puces et la puissance de calcul dispose donc simultanément d’une capacité d’influence et d’une capacité d’action.

Voilà pourquoi l’intelligence artificielle est devenue un enjeu géopolitique aussi important.

Comment l’Europe peut-elle reprendre le contrôle sur sa souveraineté numérique ?

La dernière partie de Sous l’emprise du code s’intéresse précisément aux solutions.

Lors de notre échange, j’ai demandé à Nouamane Cherkaoui quelles seraient ses trois décisions prioritaires s’il devait définir la stratégie numérique de l’Europe.

Sa réponse tient en trois verbes : choisir, acheter, investir.

Choisir, d’abord. L’Europe ne peut pas chercher à être excellente partout. Elle doit identifier les technologies véritablement stratégiques sur lesquelles elle refuse de perdre toute capacité d’action : semi-conducteurs, cloud, intelligence artificielle, cybersécurité, télécommunications ou encore technologies quantiques.

Acheter, ensuite. L’Europe représente un marché gigantesque. États, collectivités, administrations, hôpitaux et entreprises dépensent chaque année des milliards dans le numérique. La commande publique peut devenir un véritable outil de politique industrielle en donnant davantage de chances aux acteurs européens de grandir, y compris lorsque leurs technologies n’ont pas encore atteint l’échelle de leurs concurrents américains.

Investir, enfin. L’Europe sait inventer. Elle possède des chercheurs, des ingénieurs, des start-up et de nombreuses technologies prometteuses. Son problème est souvent le passage à l’échelle. Nouamane Cherkaoui défend donc une mobilisation beaucoup plus importante des capitaux européens afin de permettre aux entreprises technologiques de devenir de véritables acteurs mondiaux.

L’enjeu n’est pas de devenir moyen partout. Il faut choisir les domaines où l’Europe peut devenir tellement performante qu’elle en devient indispensable aux autres puissances.

ASML constitue précisément un exemple de cette stratégie : une entreprise européenne peut occuper un maillon tellement critique d’une chaîne technologique mondiale qu’elle devient incontournable.

Ce qui a le plus surpris Nouamane Cherkaoui en écrivant son livre

Avant d’écrire Sous l’emprise du code, Nouamane Cherkaoui savait évidemment que l’Europe était technologiquement dépendante.

Ce qui l’a surpris au cours de ses recherches est davantage l’ampleur et l’accumulation de ces dépendances.

Cloud. Semi-conducteurs. Câbles sous-marins. Satellites. Données… Pris séparément, chaque sujet peut sembler gérable. Mais lorsqu’on les place sur une même carte, les dépendances commencent à se superposer.

Et lorsque plusieurs dépendances critiques reposent sur les mêmes entreprises ou les mêmes pays, le risque cesse d’être simplement technologique. Il devient systémique.

Plus inquiétant encore : ces dépendances apparaissent rarement à la suite d’une grande décision politique ou industrielle. Elles s’installent progressivement. Un choix rationnel après l’autre.

Jusqu’au jour où une crise révèle brutalement que revenir en arrière est devenu extrêmement compliqué.

Le message de Sous l’emprise du code : il n’est pas trop tard pour rattraper notre retard

On pourrait sortir de cette analyse avec une vision particulièrement pessimiste de l’avenir numérique européen. Ce n’est pourtant pas la conclusion de Nouamane Cherkaoui.

Ses recherches lui ont également permis d’identifier de nombreuses initiatives en France, en Europe mais aussi dans d’autres régions du monde qui montrent qu’il est possible de reprendre progressivement le contrôle.

À condition, d’abord, de mesurer précisément nos dépendances. Une dépendance invisible est difficile à combattre. Une dépendance identifiée peut être sécurisée, réduite ou remplacée.

C’est probablement le principal message à retenir de Sous l’emprise du code :

la souveraineté numérique ne consiste pas à construire un Internet européen fermé au reste du monde. Elle consiste à retrouver suffisamment de maîtrise technologique pour pouvoir continuer à choisir.

Et sur ce terrain, rien n’est encore définitivement joué.

Pour aller plus loin :

👉 Sous l’emprise du code Comment le numérique menace la souveraineté des États, de Nouamane Cherkaoui aux Éditions de l'Éclaireur

FAQ : Nouamane Cherkaoui et Sous l’emprise du code

Qui est Nouamane Cherkaoui ?

Nouamane Cherkaoui est directeur général adjoint de BPCE SI et expert du numérique. Il travaille depuis environ 25 ans sur les systèmes d’information, la transformation digitale, la data et l’intelligence artificielle. Il est également auteur et conférencier sur les enjeux liés aux transformations technologiques.

De quoi parle le livre Sous l’emprise du code ?

Dans Sous l’emprise du code – Comment le numérique menace la souveraineté des États, Nouamane Cherkaoui analyse la dépendance croissante des États, des entreprises et des citoyens envers un nombre limité d’acteurs technologiques. Il aborde notamment le cloud, les semi-conducteurs, les infrastructures numériques, l’intelligence artificielle et leurs conséquences géopolitiques.

Quelle est la thèse principale de Sous l’emprise du code ?

La thèse centrale est que la souveraineté numérique ne signifie pas l’indépendance technologique totale. Un pays peut dépendre de technologies étrangères tout en restant souverain à condition que ces dépendances restent choisies, maîtrisées et réversibles.

Pourquoi l’Europe est-elle dépendante des technologies américaines ?

Une grande partie des logiciels, systèmes d’exploitation, services cloud, plateformes et outils numériques utilisés en Europe proviennent d’entreprises américaines. Chaque choix peut être rationnel individuellement, mais leur accumulation crée progressivement une dépendance structurelle.

L’Europe a-t-elle perdu la bataille de l’intelligence artificielle ?

Selon Nouamane Cherkaoui, l’Europe a perdu la première manche, notamment sur les grands modèles d’IA, la puissance de calcul et les investissements. Mais la bataille des usages reste ouverte, en particulier dans les domaines industriels où l’Europe possède encore de nombreux atouts.

Comment l’Europe peut-elle retrouver sa souveraineté numérique ?

Nouamane Cherkaoui résume sa stratégie autour de trois priorités : choisir les technologies réellement stratégiques, utiliser davantage la puissance d’achat européenne pour soutenir ses acteurs technologiques et investir massivement dans leur passage à l’échelle.

Sous l’emprise du code – Comment le numérique menace la souveraineté des États, de Nouamane Cherkaoui, est publié aux Éditions de l’Éclaireur.

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